Jeanne Mas - Ma vie est une pomme

Ma vie est une pomme

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Parents, votre responsabilité est immense ! Le modèle parental donné ou infligé à l’enfant aura des répercussions durant toute sa vie. J’en veux pour preuve le parcours de Jeanne Mas qu’elle relate dans son livre « Ma vie est une pomme – Laissez-vous tenter par le végétarisme ». Dès son plus jeune âge, sa mère la nourrissait à base de viande et de féculents. Et lorsque, adolescente, Jeanne Mas se plaignait d’être rejetée par ses camarades en raison de son obésité (Jeanne Mas obèse ! C’est difficile à imaginer …) sa mère lui rétorquait grosso modo que, si on est gros c’est qu’on est bien nourri et donc qu’on est en bonne santé.
Dès que ce fut possible, Jeanne Mas a fui le milieu familial et, afin de mettre assez de distance entre elle et ses parents qui, suggère-t-elle à demi-mot, ne s’entendaient pas, elle est allée s’établir en Italie. Enfin libre de se gérer toute seule, elle mange ce qu’elle veut, c’est-à-dire rien. En effet, par une sorte d’effet de balancier, elle passe d’une période de boulimie forcée à une phase d’anorexie choisie. Elle n’utilise pas ce mot là, mais les descriptions qu’elle donne de son comportement alimentaire y font penser.
Parce que, en plus de ses mésaventures culinaires infligées par sa mère, Jeanne Mas ressent un dégoût viscéral et inné pour toute nourriture à base de chair animale. Et sans que cela soit raisonné, elle se fait de façon viscérale également, la porte-parole de la cause animale.
Elle relate ensuite sa difficile relation avec la nourriture qui suit un développement lié à son parcours personnel et à ses choix de vie, le retour en France, le succès, son installation en Provence puis les USA. Chaque étape est formatrice sur sa façon de se nourrir et je serai même tenté de dire sur son apprivoisement progressif de la nourriture et sur les règles à observer pour se nourrir sainement et sans manger de viande ni de produits dérivés des animaux. Au-delà de cette progression, on ressent à la lecture de son témoignage un cheminement voire même d’une initiation qui la conduit vers une vie meilleure pour son corps, pour son développement personnel et aussi pour la planète.
Même si je suis séduit autant par le personnage que par le message qu’elle délivre, je ressens comme un petit regret. Bien sûr qu’après avoir lu ce livre on se demande pourquoi on n’est pas encore devenu végétarien. Mais il manque une autre facette du sujet : elle ne mentionne même pas la problématique de l’empoisonnement de la planète par les pesticides. C’est pour ne pas brouiller son message sans doute.
Le livre est très bien écrit, on sent la fibre artistique qui filtre au travers des différents chapitres. Voici un petit extrait :
« Non, je n’ai pas encore vu les vidéos de ces vaches toujours conscientes et découpées à vif, suspendues par l’une de leurs maigres pattes. Ces porcs roués de coups jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ces moutons, ces chevaux décapités mais qui s’agitent encore sous la souffrance.
Honnêtement, comment peut-on croire que la chair d’un animal qui a été si violemment torturé, battu, estropié, castré à vif, puisse être une source de bonnes protéines pour l’homme ? Comment ? ».

Je relève également ces quelques paragraphes, non pour m’en délecter, mais pour illustrer les talents d’auteur de Jeanne Mas qu’elle met au service d’une cause qui nous interpelle tous, ou du moins qui devrait nous interpeller tous :
« Sur ces mots qui défilent, se posent les images de ce taureau qu’on a poussé dans l’arène après l’avoir affamé pendant des jours, après lui avoir scié les cornes, infecté le sang de drogues, après lui avoir broyé les testicules, l’avoir roué de coups pour l’affaiblir, après l’avoir aveuglé avec de la vaseline et du sable.
(…)
Le taureau est là, seul au centre de l’arène, face à la bêtise humaine, étourdi par les cris d’une foule en délire. Hissé sur ses maigres pattes, il souffle, balance sa queue. Des hommes habillés comme des princes viennent d’entrer dans l’arène. Ce sont les banderilleros. Ils tiennent dans leurs mains des banderilles.
(…)
Il relève les yeux, ne pouvant plus redresser la tête. Se doute-t-il que sa mort est proche ? Que son cœur sera transpercé, que son sang giclera de ses narines, d’entre ses dents ? Lui qui ne tue pas pour se nourrir.
Le voici qui fléchit, humilié, épuisé, endolori, ses pattes cèdent un instant devant ce matador qui s’approche de lui avec une allure de conquistador. Le voici qui le nargue d’une cape rouge, aussi rouge que l’enfer.
Le taureau entend bien la foule hurler et comprend que dans un instant il sera exécuté comme un maudit criminel. Qu’a-t-il fait de mal, lui dont le seul crime a été de vivre ? (…) ».

Après avoir lu un tel récit, le bon steak de bœuf bien saignant n’aura plus jamais le même goût.

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