Être utile

Publié le Publié dans Développement personnel, Livres

Que la cessation d’activité soit volontaire, voulue ou, au contraire, imposée, j’en connais plus d’un que ce tournant a confronté à un sentiment d’inutilité. Certains même en sont morts.

Il faut reconnaître que, depuis notre plus jeune âge, nous sommes cadrés et nous avons des comptes à rendre. Pendant la période de formation tout d’abord, puis durant toute notre vie professionnelle, notre emploi du temps nous est fixé et imposé, nous savons pourquoi nous nous levons le matin et nous avons des objectifs à atteindre qui nous sont fixés par nos professeurs puis par nos supérieurs ou par nos impératifs de subvenir à nos besoins.

Et soudain, lorsque nous avons atteint notre DLU, la société nous signifie qu’elle n’a plus besoin de nous et que, désormais, nous sommes libres de faire ce que nous voulons de notre temps.

Mais nous ne sommes pas prêts.

Et comme durant tout ce temps le système nous a utilisés, lorsque nous sommes rendus à nous-mêmes, nous nous sentons inutiles parce que le système ne nous a jamais appris que nous pouvions servir à autre chose que le servir.

Ce sentiment d’inutilité n’est pas neuf. Sénèque, en son temps, au moment de se retirer de la vie publique y fût confronté.

Dans son livre « Le temps à soi », il écrit :

« Car voici ce qu’on exige d’un homme : qu’il soit utile aux hommes : si possible à beaucoup, sinon à quelques-uns, sinon à son entourage, sinon à lui-même. Car celui qui se rend utile aux autres sert l’intérêt général. De même que celui qui se déprave ne fait pas seulement tort à lui-même mais encore à tous ceux que son amélioration aurait pu servir, de même quiconque rend service à soi-même sert les autres par cela même qu’il forme un homme qui pourra les servir ».

J’ajoute que ce paragraphe exprime en creux que l’individu ne peut être dissocié du groupe. Ce qui s’exprime couramment par : « ce que l’on fait à soi-même, c’est aux autres qu’on le fait, et ce que l’on fait aux autres, c’est à soi-même qu’on le fait ».

En extrapolant cette notion, il est permis d’avancer que les propos de Sénèque illustrent l’idée que la gent humaine est une entité qui établit avec l’individu la même relation que celle qui existe entre la ruche et l’abeille.

Et même, pour aller au delà, il est permis de penser que la création elle-même se manifeste à partir d’un tissu, d’une trame, unique.

Pour en revenir à Sénèque, un peu plus loin, il aborde une autre approche du sujet en annonçant que même un chef d’État est potentiellement moins utile qu’un chercheur qui, depuis sa retraite, énonce des principes universels utiles non seulement à l’État mais à l’ensemble des humains.

«  (…) C’est comme s’il (le sage) savait bien que, seul avec lui-même, il accomplira encore des actes par lesquels il pourrait rendre service à la postérité. Oui, nous le disons avec assurance, Les Zénon, les Chrysippe, ont accompli de plus grandes choses que s’ils avaient conduit des armées, exercé des charges, promulgué des lois ; et des lois, ce n’est pas pour une cité seule, c’est pour le genre humain tout entier qu’ils en ont promulgué. (…) ».

En passant cette idée au filtre de mon référentiel personnel, je la reformule en disant que, en étant utile à soi-même, on est utile à tous.

 

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