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La méditation m’a sauvé

D’emblée le lecteur de La méditation m’a sauvé de Phakyab Rinpoché se trouve transporté vers le Tibet, le Tibet d’avant. Le Tibet tel qu’on l’imagine avant qu’il n’ait été envahi. L’auteur nous emmène vers les hauts pâturages, les espaces infinis, la nature sauvage, les campements en altitude où se rendait sa famille lors des périodes de transhumance. Il nous décrit une jeunesse turbulente et libre sous l’œil bienveillant et affectueux de sa famille. Le terme « libre » n’est pas adéquat parce que le pays était déjà sous contrôle, mais le regard d’un enfant ne s’encombre pas de politique. Pourtant l’Histoire le rattrape vite. Adolescent, il endosse la robe de moine et les ennuis commencent. Parce que les chinois ne voient pas les religieux d’un très bon œil. Malgré les arrestations et les tortures, Phakyab Rinpoché gravit les échelons. Il est reconnu comme la réincarnation d’un responsable de monastère et il reçoit de hautes initiations.

Mais quand la situation devient trop dangereuse, il faut partir. Il prend un avion qui le conduit à New York.

Commence alors une nouvelle période pour ce destin hors du commun. Sans argent, Phakyab Rinpoché est hébergé par un condisciple qui accueille déjà une bonne douzaine d’exilés tibétains dans un modeste studio. Ce passage est une révélation pour le lecteur qui ne se doute pas des difficultés terribles qu’endurent les exilés.

Cependant cette grande précarité n’est rien en regard des suites des sévices qu’il a subis lors des séances de torture. Sa cheville le fait horriblement souffrir. La gangrène s’est déclarée.

Après des jours et des semaines d’hospitalisation, le verdict des médecins tombe avec toute son intransigeance : il faut amputer. Le verdict est sans appel. Pourtant Phakyab Rinpoché refuse. Une amputation aurait des conséquences désastreuses pour son évolution spirituelle. Les médecins lui laissent un peu de temps. Mais ils reviennent rapidement à la charge. Bientôt il sera trop tard. Il faut amputer. Et vite !

Ayant épuisé toutes les possibilités, Phakyab Rinpoché s’en remet à l’ultime recours. Par intermédiaire interposé, il prend l’avis du Dalaï Lama. La réponse ne se fait pas attendre. « La solution est en toi » dit en substance le message.

Phakyab Rinpoché quitte alors l’hôpital. De toutes façons les médecins ne peuvent plus rien pour lui. Ils le laissent aller en lui faisant sentir qu’ils ne se reverront plus.

Il trouve refuge chez un autre condisciple. Et malgré le tragique et le pathétique de la situation, d’un point de vue spirituel ce passage est le plus riche d’enseignement.

Tout d’abord, Phakyab Rinpoché émet une considération pleine de bon sens, mais que personne n’aborde, à savoir le nombre d’heures de méditation. Bien sûr, il ne suffit pas de méditer dix mille heures dans une vie pour être éveillé, mais d’un autre côté sans pratique assidue, les résultats se feront attendre. Durant cette période de sa vie, il médite une bonne quinzaine d’heures par jour. Et, sans trahir de secret, il donne deux ou trois clés. Il médite longuement sur la vacuité puis, pendant plusieurs heures par jour il pratique une technique de méditation qui consiste à visualiser les tissus de sa cheville en train de se reconstituer.

Cette approche constitue une illustration de principes que l’on connaît par ailleurs, à savoir que la pensée est créatrice et que la visualisation est d’autant plus efficace qu’elle constitue en quelque sorte une pensée en image.

Et le résultat est prodigieusement efficace. Lorsque, six mois plus tard, il revient en consultation son état s’est nettement amélioré. Et trois ans plus tard, les médecins qui l’avaient cru perdu sont bien obligés de constater sa guérison.

 

Le livre qui se lit à plusieurs niveaux constitue à la fois un témoignage du drame tibétain et une source d’inspiration dans la quête de toute personne soucieuse de prendre en main son développement personnel. Et surtout il est un extraordinaire encouragement à garder le moral, à y croire encore, à ne pas baisser les bras même quand tout semble perdu. Par contre il contient une mise en garde à ne pas négliger : sans travail, sans efforts assidus et constants les résultats se feront attendre.

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